Le coordonnateur du Mécanisme National de Suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, Claude Ibalanky n’est plus consulté par le chef de l’Etat congolais. Il ne s’affiche pas non plus à ses côtés, depuis fin avril 2022. Le Président de la République le tient à distance, d’après des membres du sérail présidentiel.

Le patron du MNS, Claude Ibalanky, fait l’objet de critiques pour son action dans la crise avec le M23. La source a eu accès au compte rendu d’une réunion lors de laquelle il a rencontré des responsables du groupe rebelle.

Claude Ibalanky

Dans la foulée de son audition du samedi 12 novembre par l’Agence nationale de renseignement (ANR), on l’a annoncé successivement à la prison centrale de Makala, puis en résidence surveillée. Claude Ibalanky est finalement apparu, le 13 novembre, à une messe dominicale à Kinshasa.

Les circonstances et les motifs de l’audition du coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS) demeurent nimbés de mystère. Elle intervient toutefois dans un contexte particulier pour cet homme d’affaires autrefois installé en Afrique du Sud, qui s’est reconverti dans la diplomatie régionale après sa nomination à la tête du MNS par le président Félix Tshisekedi, en avril 2020.

Censé être aux avant-postes de la crise avec les rebelles du M23, sur fond de tensions croissantes entre Kinshasa et Kigali, Claude Ibalanky est pourtant relégué au second plan depuis quelques mois. En plus de ses accointances présumées avec le régime de Paul Kagame, certains diplomates congolais lui font grief d’initiatives prises sans l’assentiment du sommet de l’Etat (ce que contestent d’autres sources). Et de pointer un séjour à Entebbe en avril, au cours duquel il a rencontré des responsables du M23.

La source a eu accès au compte rendu de cette réunion tenue le 20 avril dans l’ancienne capitale ougandaise et longtemps restée secrète. Celle-ci a été rendue possible grâce à l’entremise de la présidence de Yoweri Museveni, qui a missionné à cet effet le général Phinehas Manoni Katirima, attaché de défense à l’ambassade ougandaise en Ethiopie.

Côté M23, les discussions ont associé les principaux caciques du mouvement rebelle, comme son président Bertrand Bisimwa, son secrétaire exécutif Benjamin Mbonimpa, le porte-parole Lawrence Kanyuka et Bosco Mberabagabo, dit « Castro », chargé de la sécurité et du renseignement.

Entre autres récriminations, le M23 reproche à la RDC de ne jamais avoir mis en œuvre le cessez-le-feu, tandis que le patron du MNS accuse le mouvement rebelle de ne pas s’être retiré vers ses positions initiales en l’occurrence la zone entourant le mont Sabyinyo.

Selon le compte rendu de la réunion du 20 avril, ce sommet prévoyait un cessez-le-feu immédiat de part et d’autre et le retrait du M23 des zones conquises depuis fin 2021. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) s’engageaient également à ne pas poursuivre les rebelles dans leurs positions.

Il est reproché à Claude Ibalanky, d’avoir signé discrètement et sans mandat, cet accord du mois avril dernier, en Ouganda, un document conjoint avec Bertrand Bisimwa, Président de ce groupe armé, peu avant le deuxième round des pourparlers de Nairobi.

Ce n’est pas au coordonnateur du MNS que le chef de l’Etat avait confié la charge de consulter les groupes armés dans la capitale kényane. Mais plutôt à son émissaire spécial, Serge Tshibangu. Cela, en vue de définir les termes de leur désarmement et de leur appui à la politique de paix du chef de l’État.

Et depuis, Claude Ibalanky, qui n’aurait pas digéré le fait d’avoir été relégué au second plan, aurait quitté Nairobi pour les Etats-Unis. Une attitude qui a déplu à Félix Tshilombo qui l’a aussitôt mis sur le banc de touche. Cela, dans un contexte où il multiplie des contacts à l’international pour la condamnation du Rwanda accusé d’agression et pour le retrait sans conditions du M23 des localités sous son occupation.

C’est justement à cause de ses accointances avec des milieux sécuritaires de Kigali et de Kampala que Ibalanky, qui plaide pour des négociations avec le M23, est vu d’un mauvais œil par le premier cercle du chef de l’Etat congolais et est resté en marge.

A Luanda, Claude Ibalanky n’est pas compté parmi les collaborateurs du chef de l’État devant l’assister dans ce processus de paix avec le Rwanda sous les bons offices du Président de l’Angola. A Kinshasa, l’homme n’est plus convié aux réunions et audiences du Chef de l’État sur la paix dans l’Est. Qu’il s’agisse des réunions du Président de la République avec son homologue angolais Joâo Lourenço mi-novembre, son pair du Kenya William Ruto le 20 novembre et bien d’autres encore.

Par Gédéon Ngango




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