Les graves difficultés financières de la compagnie aérienne Congo Airways l’empêchent d’honorer son carnet de commandes avec Embraer et obligent son directeur par intérim, Pascal Kasongo, à se tourner vers des appareils en location.
D’ici au mois d’octobre, le cabinet de consulting aéronautique AfriQan, basé à Entebbe (Ouganda), devrait lancer une étude diagnostique de la compagnie aérienne Congo Airways, assortie d’un plan de renouvellement de sa flotte. Cette mission est prévue pour durer de six à huit semaines. Le patron d’AfriQan, le Britannique William Gerald McGuigan, et son associé ougandais, Tony Bigala, ex-directeur des opérations de la défunte Fastjet Tanzania, sont attendus à Kinshasa courant septembre pour finaliser le contrat.

Ce document doit être conclu avec Afrinance, une société kinoise créée en 2018 et dirigée par Jack Tshika Malemba, qui dispose d’un accord de partenariat avec Congo Airways. Selon une correspondance adressée début juillet à AfriQan, cet accord prévoit pour la compagnie aérienne » une facilitation financière afin de lui apporter l’aide quant à son redressement et le renouvellement de sa flotte « . Selon ses termes de référence, Congo Airways rechercherait jusqu’à dix avions passagers et cargos, exploitables en location.
Le choix d’AfriQan fait suite à l’échec des négociations entamées avec Bensearch Solutions, une société française de conseil spécialisée en management et transformation numérique des entreprises, dirigée par la Congolaise Beni Mabela Ntelo. A cette dernière, Jack Tshika Malemba avait pourtant fait parvenir une première lettre d’intention en juin dernier, qui lui donnait » mandat de pouvoir faire la levée des fonds, lesquels seront destinés à la réalisation du projet de renouvellement de la flotte de Congo Airways « .
Proche du milliardaire James Ndambo
S’il est peu connu dans le domaine de l’aviation, Afrinance avait déjà joué des coudes pour obtenir un mandat d’intermédiation avec Congo Airways. Malgré plusieurs rencontres, l’ex-directeur de la compagnie nationale, Désiré Balazire, lui avait opposé une fin de non-recevoir. Jack Tshika Malemba a finalement profité de l’arrivée aux commandes de la compagnie, en juillet 2021, du DG par intérim Pascal Kasongo.
Celui-ci s’est montré sensible à la proximité supposée de Jack Tshika Malemba avec James Ndambo, le milliardaire zambien basé en Afrique du Sud qui dirige Africa Union Holdings. Cette société est présente en RDC, où elle a signé un contrat avec la Direction générale des douanes et accises (DGDA) pour le scan des marchandises aux postes frontaliers. Contacté par Africa Intelligence, Unathi Tete, directeur d’Africa Union Aviation (AUA), une filiale d’Africa Union Holdings, dément pourtant toute relation d’affaires avec Afrinance.
Difficultés avec Embraer
L’empressement de Congo Airways à signer avec Jack Tshika Malemba s’explique aussi par l’incapacité de la compagnie à honorer son carnet de commandes auprès du constructeur brésilien Embraer. Celui-ci prévoyait l’acquisition de quatre appareils Embraer Ejets-E2 – deux Embraer E190-E2 et deux E195-E2. Mais Congo Airways se trouve actuellement en défaut de paiement, en raison » des aléas administratifs de la chaîne de dépenses publiques consécutifs aux effets négatifs de la crise sanitaire « , selon l’allocution du ministre des transports Cherubin Okende Senga, le 6 avril, devant les députés congolais. Le financement de l’acquisition du premier appareil était évalué à 133,2 millions de dollars.
Le ministre soutient désormais l’option de la » négociation d’un quatrième avenant dans lequel la commande de trois avions serait annulée en proposant en même temps à la partie Embraer un plan de paiement du solde à verser pour l’acquisition de l’avion déjà disponible « . Il préconise par ailleurs de poursuivre l’homogénéisation de la flotte de Congo Airways en misant plutôt sur l’Airbus 220-300, le dernier venu de la famille du constructeur européen Airbus.
En attendant le dénouement de ce dossier, Congo Airways se rabat sur des appareils de seconde main. Il y a deux mois, elle a été contrainte d’affréter un Airbus A320, vieux de 31 ans et loué pour un bail d’un an renouvelable, auprès de la société turque Flyikarus Engines & Aviation. Or celui-ci est toujours hors service depuis son arrivée en RDC, le 26 juin. Cet appareil en moins, la flotte de Congo Airways comprend seulement deux Airbus A320 et deux Dash 8-400, quatre avions qui restent insuffisants pour assurer un maillage effectif du réseau domestique et prétendre à un retour sur le marché régional.
Par Gédéon Ngango
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