60 / 100 Score SEO

À Paris, le 4 octobre dernier, le Cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a profité du forum Africa Day à Sciences Po pour lancer un appel vibrant à la réconciliation nationale en République Démocratique du Congo. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, le prélat congolais a parlé avec franchise, lucidité et courage d’un pays qu’il dit aimer « jusqu’à la douleur ».

« Le Congo a besoin de paix, pas de vengeance. »

Sur la condamnation de Kabila : “Un échec de la communauté”

Au sujet de la condamnation à mort de l’ancien président Joseph Kabila, prononcée le 30 septembre par la Haute Cour militaire, le cardinal n’a pas caché son inquiétude. Pour lui, cette sentence est une dérive morale et politique.

« C’est un échec de la société, un échec de la communauté. La communauté est faite pour protéger la vie, pas pour éliminer des vies. »

Dans un pays déjà traversé par de profondes divisions, cette décision, selon Ambongo, “envoie un très mauvais message” et met en péril les efforts de réconciliation nationale.

Des accords de paix jugés “incomplets et déséquilibrés”

Mgr Ambongo s’est également montré sceptique quant aux initiatives internationales visant à pacifier l’Est du Congo, notamment les accords de Doha et de Washington. S’il reconnaît leur bonne intention, il en souligne les limites :

« Ces accords sont bons, mais ils ne prennent pas en compte l’ensemble des problèmes du Congo. »

Concernant l’accord stratégique entre Kinshasa et Washington, qui accorde un accès privilégié aux minerais stratégiques congolais, le cardinal s’interroge :

« Tout est déjà sous contrôle de puissances étrangères. Que reste-t-il à donner aux Américains ? »

Un avertissement clair sur le risque de perte de souveraineté nationale, à l’heure où le Congo reste au cœur des convoitises géopolitiques.

L’Est du Congo : “Un pays qui saigne en silence”

Depuis trois décennies, l’Est de la RDC est le théâtre de conflits meurtriers, attisés par les convoitises minières et les tensions régionales. Le cardinal tire la sonnette d’alarme :

« Les racines du conflit sont profondes — conflits communautaires, gouvernance défaillante, appétits étrangers, tensions régionales. Rien n’est isolé. »

Il plaide pour une approche globale qui ne se limite pas à la diplomatie des salons, mais qui implique tous les acteurs, y compris la société civile, les Églises et même les groupes armés.

L’Église en première ligne : “Un pacte pour la paix et le bien vivre ensemble”

Face à la crise, l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo (ECC) se positionnent comme forces de dialogue. Ambongo met en avant le “Pacte pour la paix et le bien vivre ensemble”, une initiative nationale, inclusive et audacieuse.

Ce pacte repose sur trois piliers :

  1. Un état des lieux des causes du conflit, mené par des experts indépendants ;
  2. Un dialogue politique entre pouvoir, opposition et groupes armés ;
  3. Une conférence internationale pour consolider les engagements.

« Ce pacte n’exclut aucun Congolais, pas même ceux qui ont pris les armes. »

Un appel fort à la fraternité, à la vérité et à une réconciliation sincère.

“La paix ne se décrète pas, elle se construit ensemble”

Dans ses mots simples mais puissants, le Cardinal Ambongo rappelle que la paix n’est pas une faveur venue de l’extérieur.

« La paix ne viendra pas d’un accord signé à Washington ou à Doha. Elle doit venir de nous-mêmes, de notre capacité à nous pardonner et à nous reconnaître frères. »

Un message profond, qui résonne comme une interpellation à la conscience nationale. Alors que la RDC cherche encore son équilibre entre justice et unité, la voix du cardinal s’impose comme celle d’un guide moral, d’un prophète de vérité dans un temps d’incertitude.



En savoir plus sur Wab-infos

Subscribe to get the latest posts sent to your email.