Par Aurélie Maliro

La diaspora congolaise vivant en Belgique hausse le ton contre le pouvoir de Kinshasa. Réunis au sein du collectif Urgence RDC et de plusieurs organisations citoyennes, des Congolais de Belgique ont adressé, ce 12 mai 2026, une lettre ouverte aux autorités belges pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire » en République démocratique du Congo.

Dans ce document transmis au Premier ministre belge ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères, les signataires accusent le régime du président Félix Tshisekedi de répressions politiques, d’arrestations arbitraires, de graves violations des droits humains et de détournements présumés de fonds publics. Le collectif évoque une situation qu’il considère comme « la dernière chance » avant, selon ses auteurs, « une guerre civile généralisée » en RDC.

Le consortium affirme également que le pouvoir chercherait à modifier la Constitution afin de permettre au chef de l’État de se maintenir au pouvoir au-delà des limites prévues par la loi fondamentale. Une telle initiative risquerait, selon les signataires, « d’embraser le pays ».

La lettre revient aussi sur les élections de 2018 et de 2023, qualifiées de « simulacre électoral » par les auteurs du document. Le collectif accuse par ailleurs le Conseil national de cyberdéfense d’être devenu un « instrument de répression », évoquant des détentions arbitraires, des cachots clandestins, des exécutions extrajudiciaires ainsi que des pressions exercées contre des opposants politiques, journalistes et activistes.

Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont, ces derniers mois, documenté des cas de violations des droits humains en RDC. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a notamment signalé une augmentation des atteintes aux droits humains au cours de l’année 2024. Amnesty International et la FIDH ont également dénoncé des arrestations arbitraires visant des militants pro-démocratie et des acteurs de la société civile.

Les auteurs de la lettre évoquent aussi des soupçons de détournements de fonds publics et de blanchiment d’argent impliquant des proches du président congolais en Belgique. En juillet 2025, une plainte avait été déposée auprès du parquet fédéral belge contre plusieurs membres de la famille Tshisekedi. Cette procédure judiciaire, relayée par plusieurs médias internationaux, porte notamment sur des accusations présumées de corruption, de blanchiment et de détournements liés au secteur minier congolais.

Le collectif estime ainsi que la Belgique « ne peut pas devenir le recéleur de la misère du peuple congolais ».

Dans leur plaidoyer, les organisations citoyennes demandent notamment à Bruxelles de condamner toute tentative de révision constitutionnelle en RDC, d’exiger la fermeture des cachots clandestins et la libération des prisonniers politiques, de suspendre certaines coopérations bilatérales non humanitaires, de sanctionner les responsables impliqués dans des violations des droits humains et de soutenir un dialogue politique inclusif afin d’éviter une aggravation de la crise.

Les signataires rappellent également les mesures prises par la Belgique en 2015 sous le régime de Joseph Kabila, notamment la suspension de certaines coopérations bilatérales face aux tensions politiques de l’époque.

Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement tendu en RDC, marqué par la persistance du conflit armé dans l’Est du pays, notamment au Nord-Kivu et en Ituri, où les violences des groupes armés continuent d’alimenter les déplacements de populations et les violations des droits humains.


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