Parole muselée ou stratégie en cours ? Depuis le retour très médiatisé de Joseph Kabila à Goma en mai 2025, une absence intrigue autant qu’elle inquiète : celle de Jean-Pierre Bemba. L’ancien chef rebelle devenu vice-Premier ministre et ex-ministre de la Défense, figure centrale de l’appareil sécuritaire congolais, n’a plus pris la parole publiquement. Le silence est d’autant plus assourdissant qu’il coïncide avec le retour de celui qu’il a combattu — militairement puis politiquement — durant plus de deux décennies.
Un silence qui tranche avec l’agitation de ces derniers mois
Avant l’irruption de Kabila à Goma, Bemba multipliait les déclarations : il dénonçait le soutien supposé de l’ancien président au M23, appelait à la mobilisation populaire pour soutenir les FARDC, et prétendait même détenir des preuves compromettantes sur les agissements du clan de Kingakati.
Mais depuis que Kabila foule le sol congolais, installé au cœur même du territoire occupé par une rébellion que Kinshasa accuse de crimes de guerre, Bemba ne dit plus un mot. Aucun communiqué. Aucun tweet. Aucune apparition officielle à la télévision publique. Rien.
Ce retrait brutal, presque théâtral, alimente toutes les spéculations : est-il bâillonné ? Marginalisé ? Préserve-t-il son image dans un jeu d’alliances en recomposition ? Ou craint-il pour sa sécurité ? Un homme comme Bemba ne disparaît pas sans raison.

Une tension historique jamais résolue
Il faut rappeler que Bemba et Kabila sont les deux pôles antagonistes de la guerre civile congolaise des années 2000. Pendant que Kabila héritait du pouvoir par les armes et le soutien des puissances régionales, Bemba menait le MLC dans le nord du pays, avec l’ambition de faire tomber Kinshasa. Le processus de paix les a contraints à cohabiter dans un gouvernement de transition, mais jamais ils n’ont partagé une vision commune de la nation.
En 2006, Bemba perd l’élection présidentielle face à Kabila. En 2008, il est arrêté sur mandat de la CPI pour des crimes commis en Centrafrique. Pendant dix ans, il croupit en détention à La Haye. Et qui restait maître du Congo durant tout ce temps ? Joseph Kabila.
Le retour de Kabila à Goma, dans un contexte de guerre, peut donc être lu comme une provocation directe envers Bemba — ou pire, un piège.
Kabila à Goma : l’homme du chaos revient en terrain conquis
Que Joseph Kabila choisisse Goma, capitale officieuse du M23, comme lieu de réapparition politique, n’est pas anodin. Le message est clair : il n’a pas renoncé au pouvoir, et il le dit sans le dire. Il parle de paix, mais il la formule depuis le cœur d’une zone de guerre, en territoire occupé par des milices accusées de massacres.
Ce déplacement coïncide étrangement avec la marginalisation progressive des figures fortes de l’actuel régime : Bemba, Kamerhe, même Fayulu. Tous ceux qui auraient pu parler se taisent. Seul Félix Tshisekedi continue de s’exprimer, mais son isolement se fait de plus en plus évident.
Silence stratégique ou trahison en gestation ?
Certains analystes redoutent que le silence de Bemba ne soit pas un signe de faiblesse, mais une manœuvre calculée. Il pourrait être en train de négocier en coulisses, soit pour préparer sa propre sortie du gouvernement, soit pour bâtir une alliance future, opportuniste, avec les kabilistes « repentis ». Car si la RDC nous a appris une chose, c’est que les ennemis d’hier peuvent être les alliés de demain, pour peu que le pouvoir soit en jeu.
Mais d’autres y voient un signe plus sombre : la peur. Bemba serait-il conscient que le retour de Kabila s’accompagne de puissants soutiens, internes comme externes ? Le silence pourrait alors trahir une perte d’influence réelle, voire une mise à l’écart orchestrée depuis les plus hauts sommets de l’État.
Et le peuple, dans tout ça ?
Alors que l’est saigne, que les FARDC se battent pour contenir l’insécurité, et que les Congolais s’interrogent sur la légitimité de leurs dirigeants, le silence de figures comme Bemba crée un vide dangereux. Ce vide, Kabila est en train de le combler. Pas par des discours flamboyants, mais par une présence symbolique forte : il est là. Et c’est souvent tout ce qu’il faut pour rappeler aux Congolais les années de plomb de son règne.
Bemba, parle ou abdique
Le moment est critique. L’Histoire se rejoue, et Jean-Pierre Bemba, acteur central de l’histoire post-Mobutu, semble avoir quitté la scène sans préavis. S’il ne veut pas être relégué au rang de figurant ou pire, de complice passif d’un retour aux ténèbres, il lui faudra bientôt parler. Clarifier. Dénoncer. Ou alors s’avouer vaincu.
Dans un pays où le silence est parfois plus dangereux que les mots, le mutisme de Bemba commence à ressembler à une abdication.
Thomas Zawadi
Wab-infos.com
En savoir plus sur Wab-infos
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
📢 SUIVEZ WAB-INFOS SUR :



























































