Paul Rusesabagina, farouche opposant du président Paul Kagame ayant inspiré le film Hôtel Rwanda, a été libéré vendredi après que le gouvernement eut annoncé avoir commué sa peine de 25 ans pour « terrorisme ».

L’activiste rwandais, qui possède la citoyenneté belge et réside de façon permanente aux États-Unis, a été remis à l’ambassadeur qatari avant son retour aux États-Unis, a annoncé un responsable américain.

Paul Rusesabagina

Il se trouve à la résidence de l’ambassadeur qatari, a déclaré ce responsable. Washington est reconnaissant au Rwanda de l’avoir libéré, a par ailleurs affirmé le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

La Belgique a également salué la décision du gouvernement rwandais d’accorder une remise de peine à Paul Rusesabagina. Nous espérons qu’il retrouvera bientôt sa famille, a souligné dans un communiqué la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib.

Condamnation vivement dénoncée
La condamnation de M. Rusesabagina, datant de septembre 2021(Nouvelle fenêtre), avait suscité des réprobations internationales et de la part de défenseurs des droits.

Paul Rusesabagina et [son coaccusé] Callixte Nsabimana ont eu leurs peines de prison commuées par ordre présidentiel après examen de leurs requêtes de clémence, a déclaré à l’AFP la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo.

Les condamnations de 18 autres personnes pour terrorisme ont aussi vu leurs peines commuées, a-t-elle ajouté. Selon une source gouvernementale qui a requis l’anonymat, les autres détenus devraient être remis en liberté samedi.

Mme Makolo a précisé que le Rwanda note le rôle constructif du gouvernement américain dans la mise en place de conditions pour le dialogue sur cette question, de même que la facilitation apportée par le Qatar.

Cependant, elle a ajouté que personne ne devrait se faire d’illusion sur ce que cela signifie, car il y a un consensus sur le fait que des crimes graves ont été commis, pour lesquels ils ont été condamnés.

Le Rwanda souhaite réinitialiser ses liens avec les Américains.

Cette affaire a longtemps été source de contentieux entre Kigali et Washington. En mai 2022, Washington avait estimé qu’il était injustement détenu par la justice rwandaise et Kagame avait rétorqué que les États-Unis ne pouvaient pas l’intimider pour le forcer à le libérer.

Cette décision est le résultat d’un désir partagé de réinitialiser les relations États-Unis/Rwanda, a déclaré sur Twitter l’attachée de presse du président, Stéphanie Nyombayire.

Selon un haut responsable américain sous le couvert de l’anonymat, la visite du secrétaire d’État Antony Blinken à Kigali, en août, a joué un rôle clé dans la perspective d’une éventuelle libération de Paul.
Stéphanie Nyombayire a de son côté souligné que les relations étroites entre le Rwanda et le Qatar ont été la clé.

Près de 1000 jours de détention
Les pourparlers sur une libération de l’opposant avaient débuté fin 2022 et une avancée s’est produite la semaine dernière lors de discussions entre le président Kagame et l’émir du Qatar, a indiqué une source proche du dossier.

L’annonce de Kigali intervient près de deux semaines après que le président Kagame a indiqué, lors d’une visite au Qatar, que des discussions étaient en cours concernant l’emprisonnement de M. Rusesabagina.

Les soutiens de l’opposant estiment que son procès a été une imposture marquée par des irrégularités. Et sa famille avait alerté sur l’état de santé déclinant de l’homme de 68 ans.

Paul Rusesabagina a été arrêté en 2020 à Kigali par la police rwandaise qui l’accusait « d’avoir financé et créé des groupes terroristes » déterminés à renverser le pouvoir en place.

M. Rusesabagina a été détenu pendant 939 jours, selon le site Free Rusesabagina (Libérez Rusesabagina). Il a été rendu célèbre par le film Hôtel Rwanda, sorti en 2004, qui raconte comment ce Hutu modéré qui dirigeait l’Hôtel des Mille Collines dans la capitale rwandaise a sauvé plus de 1000 personnes durant le génocide des Tutsis, en 1994.

Opposant depuis plus de 20 ans à Paul Kagame, qu’il a accusé d’autoritarisme et d’alimenter un sentiment anti-Hutu, Rusesabagina a utilisé sa renommée hollywoodienne pour donner un écho mondial à ses positions.

Ses tirades contre M. Kagame lui ont valu d’être traité comme un ennemi de l’État.

Les défenseurs des droits de la personne accusent le Rwanda, dirigé d’une main de fer par M. Kagame depuis la fin du génocide de 1994 au cours duquel 800 000 personnes ont été tuées, de réprimer la liberté d’expression et l’opposition.

M. Rusesabagina vivait depuis 1996 en exil aux États-Unis et en Belgique, avant d’être arrêté à Kigali en 2020 dans des circonstances troubles, à la descente d’un avion qu’il pensait à destination du Burundi.

Sa remise en liberté conclurait une affaire qui a souligné le mépris flagrant du Rwanda pour les normes internationales, avait souligné plus tôt dans la journée à l’AFP Lewis Mudge, directeur Afrique centrale pour Human Rights Watch.

L’opposant a été jugé de février à juillet 2021 pour neuf chefs d’accusation, dont celui de terrorisme, pour des attaques menées par le FLN, organisation classée terroriste par Kigali, qui ont fait neuf morts en 2018 et 2019.

Paul Rusesabagina a admis avoir participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique, dont le FLN est considéré comme le bras armé, mais il a toujours nié toute implication dans les attaques.

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