Après des années de mutisme, Joseph Kabila sort de sa réserve. Dans un entretien exclusif accordé à La Libre Belgique le 20 mars à Goma, l’ancien chef d’État livre une charge frontale contre le pouvoir en place et alerte sur une crise qu’il juge proche du point de rupture.

Installé dans sa résidence de Goma, l’ex-président, au pouvoir de 2001 à 2019, affirme avoir été régulièrement visé par le régime de Kinshasa, évoquant notamment la récente frappe de drone meurtrière survenue à proximité de son domicile. Sans confirmer qu’il en était la cible directe, il dénonce une violence qui, selon lui, frappe indistinctement civils et opposants.

Malgré la levée de son immunité parlementaire et sa condamnation à mort par la justice congolaise, Joseph Kabila se dit « très serein ». Il préfère se concentrer sur ce qu’il considère comme l’essentiel : la dégradation de la situation sécuritaire et politique depuis la fin de son mandat. « On parle de balkanisation, moi je parle de “soudanisation” », avertit-il, redoutant une implosion progressive du pays.

Face à la multiplication des conflits et des initiatives diplomatiques, l’ancien président plaide pour un retour au dialogue inclusif, à l’image du processus engagé au début des années 2000. « La guerre est un choix, la paix aussi », insiste-t-il, regrettant l’absence de volonté politique actuelle.

Mais c’est surtout à l’égard du président Félix Tshisekedi que le ton se durcit. Joseph Kabila dénonce « une dictature » et accuse le pouvoir de violer la Constitution, allant jusqu’à appeler les Congolais à se mobiliser pour « faire échec » au régime en place, en référence à l’article 64 de la loi fondamentale.

Sa présence à Goma, fief de la rébellion de l’AFC/M23, alimente les soupçons. Lui s’en défend, affirmant son droit à dialoguer avec « tous les Congolais » dans une logique de cohésion nationale. Il revendique même une forme de « mission » pour restaurer la paix.

Enfin, l’ancien président s’inquiète des projets de révision constitutionnelle évoqués à Kinshasa, qu’il juge « extrêmement dangereux », et appelle à un « changement radical du système », voire de toute la classe politique.

Cette prise de parole marque un tournant majeur : en rompant le silence, Joseph Kabila se repositionne clairement dans le jeu politique congolais, dans un contexte de tensions croissantes et d’incertitudes sur l’avenir du pays


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