Les réactions se multiplient au lendemain de la manifestation organisée par l’opposition regroupée au sein du C64 à Kinshasa. Alors que le Gouvernement provincial affirme qu’aucun décès n’a été enregistré lors des incidents survenus le 12 juin, plusieurs organisations de défense des droits humains contestent ce bilan et réclament l’ouverture d’enquêtes indépendantes.
Dans un communiqué, les autorités provinciales ont déploré les violences qui ont émaillé cette manifestation, pourtant encadrée par des mesures destinées à garantir son déroulement pacifique. Selon le bilan officiel, vingt personnes ont été blessées, dont quinze policiers et cinq civils. Le Gouvernement provincial fait également état d’importants dégâts matériels, tout en réaffirmant son attachement aux principes démocratiques, à l’État de droit et à la liberté de manifestation.
« L’exercice de ces droits doit se faire dans le respect des institutions, de la sécurité publique et des droits de tous les citoyens », ont rappelé les autorités.
Cependant, plusieurs organisations nationales et internationales dressent un tableau plus préoccupant des événements. Human Rights Watch (HRW) a dénoncé ce qu’elle considère comme les violences les plus graves contre l’opposition politique depuis l’ouverture du débat sur une éventuelle révision constitutionnelle. Dans une publication sur le réseau social X, la chercheuse Ida Sawyer a affirmé que plusieurs figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, avaient été blessées lors des affrontements impliquant des manifestants, les forces de sécurité et des éléments de la Force du Progrès.
L’organisation estime également que les forces de police présentes sur les lieux n’auraient pas empêché les violences visant des opposants retranchés au siège de l’ECiDé. HRW exige désormais une enquête « impartiale, approfondie et transparente » afin d’établir les responsabilités.
De son côté, le Forum des Droits Humains affirme avoir documenté deux morts, plusieurs arrestations et de nombreux blessés. L’organisation accuse des éléments de la Force du Progrès de l’UDPS d’avoir participé au saccage des sièges de l’ECiDé, du FONUS et d’Ensemble pour la République, avec, selon elle, « l’appui ou la complaisance de certains policiers ». Elle réclame également des investigations indépendantes.
La LUCHA a, pour sa part, interpellé directement le président Félix Tshisekedi. Le mouvement citoyen lui demande de renoncer publiquement à tout projet de modification de la Constitution et de garantir son départ du pouvoir à l’issue de son mandat en 2028. Selon l’organisation, une telle déclaration contribuerait à préserver la stabilité politique et l’unité nationale.
La condamnation la plus ferme est venue du prix Nobel de la paix Denis Mukwege. Dans un communiqué publié sur son compte X, il a dénoncé une « répression sanglante » et mis en garde contre ce qu’il qualifie de « coup d’État constitutionnel en gestation ». Selon lui, les violences observées traduisent un rétrécissement inquiétant de l’espace civique et politique en République démocratique du Congo.
Le docteur Mukwege accuse les autorités d’avoir mobilisé l’armée, la police et la Force du Progrès pour réprimer des citoyens et des leaders de l’opposition. Il estime que cette situation rappelle les dernières années du régime de Joseph Kabila et appelle à une mobilisation nationale et internationale afin de prévenir toute dérive institutionnelle.
Alors que les versions divergent sur le bilan humain des événements, la pression s’intensifie sur les autorités congolaises pour faire toute la lumière sur les violences du 12 juin. Les appels à des enquêtes indépendantes se multiplient, dans un contexte politique marqué par de vives tensions autour du débat constitutionnel.
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