Profitant de la réticence des Etats-Unis à investir en République Démocratique du Congo, la Russie souhaite faire de Kinshasa un partenaire  » économique  » de premier plan.

Une équipe de l’agence d’exportation d’armement russe, Rosoboronexport, est attendue dans les prochaines semaines à Kinshasa. Elle a été conviée par le ministre congolais de la défense, Gilbert Kabanda Kurhenga, dans la continuité de sa visite à Moscou en août dernier.

Félix Tshisekedi & Vladimir Poutine

En marge de la Moscow Conference on International Security, il s’était entretenu avec le colonel-général Alexander Fomin, vice-ministre russe de la défense à qui il avait exprimé ses critiques à l’égard des partenaires occidentaux et son souhait d’acquérir de l’armement russe pour équiper les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Le nouvel ambassadeur congolais en Russie, Ivan Vangu Ngimbi, encore dépourvu de résidence officielle, n’a pas participé à ses rencontres. Il se trouvait alors à Kinshasa où il a pris attache avec l’ambassadeur de la fédération de Russie, Alexey Sentebov, et son chargé d’affaires, Viktor Tokmakov, passé par la Centrafrique où il a entretenu des liens avec la nébuleuse Wagner.

Dans le même temps, une Chambre de commerce et d’industrie russo-congolaise (CCIRC) a été constituée à Kinshasa. Officiellement sans lien avec les autorités russe et congolaise, la structure a toutefois bénéficié de la bienveillance de l’ambassade de Russie en RDC et d’une frange du ministère congolais des affaires étrangères à travers le vice-ministre Samuel Adubango Awotho. Cette structure d’influence privée, a été créée par Mandack Katoko, un ancien fonctionnaire du ministère de la communication, du temps de Lambert Mendé Omalanga (2014-2019)  qui en est le directeur.

Il en va de même d’Ivan Vangu Ngimbi qui a également été conseiller stratégique de l’ancien ministre de Joseph Kabila. Désormais député rallié à l’Union sacrée de la nation » du président Félix Tshisekedi, et nommé début septembre au poste de président du conseil d’administration de la Ligne maritime congolaise (LMC), Mendé Omalanga a un temps entretenu des liens étroits avec la Biélorussie pour qui il se chargeait de renforcer la relation avec la RDC. Désormais, il se positionne, avec ses anciens proches collaborateurs, sur le développement du partenariat avec la Russie.

Des ambitions économiques tous azimuts
Les opérateurs économiques privés russes en RDC sont toutefois rares. Une délégation de l’entreprise Congo Russia Industry (Conrus), filiale de Rosspessplav, s’est récemment rendue à Goma pour tenter de renégocier la répartition du capital  avec la société allemande Krall Metal Congo (70 %) et l’Etat congolais (20 %) au sein de la Société minière du Kivu (Somikivu). Cette dernière reste dirigée par Igor Yatsenko et Conrus peut toujours s’appuyer sur les réseaux de son ancien coordinateur, Valery Tshimpaka Katumba, Congolais ayant longtemps vécu en Russie où il a, au début des années 2000, travaillé à l’ambassade de la RDC.

Somikivu est toutefois à la peine, ses permis sur la mine de pyrochlore (oxyde de niobium) de Lueshe, sur le territoire de Rutshuru, lui ont été retirés en 2016 par les autorités congolaises. A Moscou, l’ambassadeur Vangu a d’ores et déjà été sollicité par plusieurs entreprises russes désireuses de nouer des partenariats, notamment dans le domaine des mines, de l’agriculture, mais aussi de l’énergie.

L’entrisme russe en RDC se manifeste également dans le volet pétrolier. Depuis le début du mois de septembre, une pénurie de carburants est observée dans les stations-service de Kinshasa. Celle-ci est notamment causée par le renchérissement des prix engendré par la guerre provoquée par Moscou en Ukraine. A cela s’ajoute la politique de subventions massives menée par le gouvernement de Sama Lukonde Kyenge. Celle-ci fragilise les distributeurs pétroliers, qui doivent avancer la ristourne accordée aux consommateurs avant d’être remboursés par l’Etat.

Pour pallier la crise, le ministère congolais de l’économie nationale – dont le ministre des finances Nicolas Kazadi assure l’intérim depuis le vote d’une motion de défiance à l’encontre de Jean-Marie Kalumb a entamé des discussions avec le gestionnaire de fonds Gemcorp. Les négociations portent sur l’octroi d’une facilité de paiement de 500 millions de dollars destinée à sécuriser l’approvisionnement en carburant.

S’il est établi à Londres, Gemcorp a des liens directs avec la Russie. Comme l’a révélé le Financial Times, la société a obtenu le concours financier du milliardaire russe Albert Avdolyan, qui lui a versé 250 millions de dollars en 2014. Avdolyan est réputé pour ses liens avec le fabricant russe public d’armement Rostec.

Par Gédéon Ngango


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